The wire en 5 raisons (de l’apprécier)

Le Culturel au service du Social

La série « The Wire », dont les pères fondateurs sont Ed Burns, un ancien de la police de Baltimore et surtout David Simon, un ancien journaliste du Baltimore Sun, a été diffusée aux Etats-Unis de 2002 à 2008 et comporte 5 saisons. En France, elle a été diffusée à partir de 2004 sous le titre « Sur écoute ». La série porte sur la ville de Baltimore. Elle s’ouvre de manière classique, avec l’enquête d’une brigade de police sur un traffic de drogue. Mais la force de cette série est justement de ne pas s’en tenir là et de replacer ce trafic au sein d’un système global qui met en jeu toute la ville et ses institutions (éducation, médias, politique, …). Chaque saison sera alors l’occasion d’un focus sur une institution particulière, sans toutefois oublié la trame de l’hisoire. Par son réalisme et sa rigueur intellectuelle, The Wire est considéré par beaucoup de critiques comme une véritable étude sociologique. Décliné en 5 raisons, cet article est une invitation à découvrir la série.

The wire – série TV de HBO

Raison 1 : parce qu’elle nous passionne

« The Wire » est une grande histoire, qui se développe tel un roman, préférant la cohérence au spectaculaire. On y entre, parfois difficilement, après quelques épisodes de la saison 1 et on y sort, transformé, enrichi, par ce long voyage au coeur du Baltimore des quartiers déshérités. « The Wire » nous rend addict. C’est l’objectif d’une série, me diriez-vous. Mais l’addiction repose ici sur le fait que du premier épisode au dernier, nous suivons la même histoire et les mêmes personnages qui évoluent et se complexifient toujours plus. Et il ne nous est jamais donné l’occasion de décrocher, tant l’histoire se déroule naturellement, de son commencement jusqu’à son dénouement. Cependant, bien que portant sur la réalité vécu par certaines classes populaires, The Wire n’a pas su les convaincre, son audience reposant surtout sur les catégories socio-professionnelles supérieures. Une des explications qui a été donnée tient justement au fait qu’elle nécessite un engagement prolongé, qu’elle délaisse le spectaculaire pour le détail, qu’elle cherche à montrer le processus plus que le produit final : en bref, qu’elle n’entre pas dans les standards proposés habituellement par la télévision et avec lesquels les spectateurs sont éduqués.

Raison 2 : pour la profondeur de ses personnages

The Wire est tout, sauf une série dépersonnifiée. Au cours des 5 saisons, le spectateur est invité à suivre l’évolution de multiples personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Ces derniers sont montrés sous leurs aspects les plus nobles, autant que sous leurs aspects les plus sombres. En cela, ils nous ressemblent et inévitablement, nous nous identifions à eux. Mais d’un autre côté , ils sont baignés d’un charisme qui nous est inaccessible : en cela, The Wire reste bel et bien une fiction cinématographique plus qu’une oeuvre journalistique. Pour exemple, on peut citer cette fameuse scène entre deux tueurs qui prend les airs d’un affrontement dans le style des westerns de Sergio Leone.

Raison 3 : pour ce qu’elle nous montre des cultures de Baltimore

The Wire est une série qui porte sur les cultures. Les cultures propres à chaque milieu, à chaque institution. Ces cultures qui n’ont pas leur place dans les temples de la Culture mais qui composent le quotidien de chaque personne évoluant dans un milieu socio-culturel. Ainsi, The Wire dépeint la culture des gangs, de la rue, entre musique rap, surnoms en tout genre, et matchs de basket. Comme elle dépeint la culture de la police, portée par un langage machiste et vulgaire, et traversée d’instants d’unité et de cohésion au cours de beuveries dans des pubs irlandais. Les deux auteurs, de part leur vécu, connaissent leur ville d’une manière transversale et la montre avec une acuité impressionnante. Ils s’attachent aussi à montrer les ponts entre ces cultures que l’on pourrait croire parallèles : de nombreuses scènes montrent ainsi des moments de rencontre, comme à ce match de baseball où se retrouvent côte à côte dans le public deux policiers et deux « corner kids » (dealers) qui se connaissent bien et qui sont accompagnés respectivement de leurs copines.

Raison 4 : pour la richesse de sa dimension sociologique

Comme je l’ai dit en introduction, la série The Wire est considéré par beaucoup comme une véritable étude sociologique de la ville de Baltimore. Son objet d’étude pourrait être l’individu en proie aux institutions. Elle montre et surtout prend le temps de montrer l’effet de ces dernières (la rue, la police, l’école, ..) sur l’individu, la force avec laquelle elles modèlent ces derniers selon leur besoin et volonté. C’est aussi une critique acerbe de l’idéologie néo-libérale car ce que met en évidence The Wire, est la persistance de celle-ci dans tous les pans de la société. C’est le fameux « Game », connu de tous les acteurs, métaphore de cette idéologie, où la compétition et la loi du plus fort dominent. The Wire a été disséqué et a donné lieu à de nombreuses analyses, tant de spécialistes du cinéma que de sociologues. C’est un objet culturel, appartenant au 7ème art, qui se révèle être aussi un objet sociologique au pouvoir de dénonciation très fort. The Wire s’inscrit dans ces oeuvres culturelles qui ne doivent leur reconnaissance qu’à la justesse avec laquelle elles représentent le réel. Ces oeuvres qui participent autant du patrimoine culturel que du patrimoine scientifique car elles sont la rencontre entre le sensationnel et le sens.
Raison 5 : pour participer aux débats qui l’entourent
La série « The Wire » a fait couler beaucoup d’encre et de salive. D’objet artistique et culturel, elle est devenue un objet social d’étude. Premièrement, comme je viens de le rappeler succintement, la richesse de son contenu sociologique en fait un objet légitime de discussion dans les milieux universitaires. Les auteurs de la série abordent au cours de cette saisons de nombreuses questions sociétales participant plus globalement de la question sociale. Certaines sont propres à Baltimore, ville actuellement en plein déclin suite à la désindustrialisation, et d’autres relèvent plus de l’air du temps comme cette « dictature des chiffres » qui touchent tous les pans de notre société. Deuxièmement, son succès en soi est sujet à de nombreux questionnements. Pourquoi cette série a-t-elle été discutée à Harvard, fait-elle l’objet actuellement d’un cycle de conférence à l’Université de Nanterre ? En quoi cette série tranche-t-elle avec les autres ? Enfin, The Wire n’échappe pas non plus aux critiques dont la principale tient en la vision très sombre de Baltimore qu’elle relaie et qui occulte tous les mouvements d’activistes de terrain qui se battent pour faire changer les choses. Ce qui nous amène à nous poser une des questions fondamentales en rapport avec la série : « Est-ce une oeuvre d’espoir ou un oeuvre profondément pessimiste ? ».

Joachim Lé

Bonus : bibliographie
Burdeau Emmanuel, Vieillescazes Nicolas, Collectif. The Wire – Restitution collective. Les prairies ordinaires, 2011
http://skhole.fr/the-wire
http://feuilletons.blogs.liberation.fr/series/2012/01/the-wire-ce-chef-doeuvre-quon-nous-impose.html
http://television.telerama.fr/television/the-wire-la-serie-qui-peut-sauver-l-amerique,31354.php
http://seriestv.blog.lemonde.fr/2008/03/18/the-wire-une-grande-histoire-sacheve/
http://www.dissentmagazine.org/article/?article=1236
http://www.hbo.com/the-wire/index.html

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