Quel statut pour la médiation en musique ?

Qu’est-ce que la médiation culturelle et en particulier dans le domaine de la musique ? Pourquoi les institutions ont-elles besoin de médiateurs ? Pourquoi le terme de « médiation » est-il difficile à définir ?

Un métier à part entière ?

La médiation culturelle est en plein essor. En effet, de nouvelles formations apparaissent régulièrement. Dans le domaine musical, une formation à l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV) est née en 2007. Il s’agit d’une option de spécialisation pour la deuxième année du master de Musique et Musicologie, en partenariat avec l’Orchestre National d’Ile-de-France. Cet orchestre organise déjà de nombreux événements en s’appuyant sur des médiateurs.

Les étudiants ainsi formés deviennent des médiateurs, c’est-à-dire des intervenants qui ont pour objectif de « susciter la rencontre entre le public, le répertoire et les interprètes ». Ainsi, d’après le descriptif de cette formation, la médiation musicale serait « un métier à part entière ». Mais la médiation est-elle réellement un métier à part entière ? Ne serait-ce pas un descriptif élogieux afin de mettre en valeur la formation ?

Théâtre des Champs-Elysées – CC BY-SA 2.0 – titou.net – http://www.flikr.com

En effet, quand on observe les institutions qui recrutent des médiateurs, nous pouvons nous rendre compte qu’il y a très peu d’emplois à plein temps. Un article de la « Lettre du musicien » estime que la médiation musicale serait d’abord considérée par les institutions qui y ont recours comme relevant d’un « job étudiant ».

Cet article explique que les médiateurs en région parisienne ont suivi un cursus en histoire de la musique au CRR (Conservatoire à Rayonnement Régional) de Paris ou au CNSMDP (Conservatoire National Supérieur  de Musique et de Danse de Paris). Ce sont donc des spécialistes de la musique classique, ayant étudié dans les plus grands conservatoires.

Pourquoi la médiation serait considérée comme un « job étudiant » ? Ne pourrait-il pas y avoir des emplois fixes pour des médiateurs à chaque représentation ? Est-ce un problème de coût ?

Les médiateurs sont présents lors des concerts symphoniques de l’Orchestre national de France et de l’Orchestre philharmonique de Radio France, au Théâtre des Champs-Elysées et à la salle Pleyel. Le plus souvent, ils sont interpellés lors de l’entracte des concerts par un public amateur. L’enjeu de cette médiation est de transmettre un savoir considéré comme « élitiste ». Nous pouvons alors nous demander du point de vue des institutions, quel est leur avantage à employer des médiateurs ?

Théâtre du Châtelet – CC BY-NC-SA 2.0 – dersa63 – http://www.flikr.com

Quel est alors le but de ces médiations musicales ?

Les institutions tentent d’attirer des publics nouveaux comme les étudiants. Il y a une volonté de fidélisation avec des tarifs attractifs concernant ces derniers. Par exemple, au théâtre des Champs-Elysées, les étudiants peuvent bénéficier de tarifs attractifs (10 euros par place) à condition de s’engager à aller voir cinq spectacles minimum, voici le formulaire d’abonnement pour les étudiants.

Cependant, ces billets ne sont accessibles que « dans la limite des places disponibles ». Les théâtres utilisent alors ce procédé pour améliorer le taux de remplissage avec des billets qui auraient été invendus. De plus, ces places peuvent être à visibilité réduite, donc ces places ne sont pas forcément intéressantes.

Ainsi, les médiateurs sont-ils alors présents pour le simple enrichissement culturel des spectateurs néophytes ou ont-ils été embauchés dans un rôle commercial afin d’attirer et de fidéliser de nouveaux publics afin de remplir les salles de spectacle ?

Les concerts pédagogiques : un exemple de médiation musicale

Il existe aussi des médiations musicales sous forme de concerts pédagogiques. Nous pouvons prendre l’exemple du grand pédagogue de la musique classique Jean-François Zygel et ses concerts explicatifs au théâtre du Châtelet. Ces concerts sont accessibles aux enfants à la fois par leur programmation : le weekend dans l’après-midi ou en fin de matinée, leur durée (1h30 maximum) et leur tarif (8 euros), et l’alternance dynamique entre des morceaux de durée courte et les explications ponctuées d’extraits musicaux. Le public est alors plutôt familial.

D’autres types de concerts pédagogiques existent. L’association « Les concerts de musique » présenté par Jean-Pierre Bartoli, musicologue et enseignant-chercheur à l’Université Paris-Sorbonne, présente des concerts-conférences. Le musicologue présente les œuvres d’une manière un peu plus pointue sur l’analyse musicale, le public étant plutôt constitué d’habitués de concerts ou d’étudiants en musicologie.

Lors de ces concerts, le pédagogue prend alors le rôle de médiateur musical entre une musique dite « savante » et un public néophyte ou amateur. Le médiateur serait-il alors un hybride d’artiste et de pédagogue ou de théoricien et de pédagogue ? Il reste encore du chemin pour faire de la médiation une profession valorisée dans les institutions culturelles et nécessaire au dispositif culturel.

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