Quand la musique classique s’invite au coeur des banlieues …

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La musique classique en banlieue, why not ? C’est ce qu’a mis en lumière l’émission « Do Ré Mi la cité » diffusée sur France 5 le 21 février 2012. Ce reportage réalisé par Philippe Lagnier montre un projet pour le moins audacieux, qui a su conjuguer deux univers qui ne vont pas de soi au premier abord, et pourtant …

Pour comprendre les finalités de ce projet, l’émission a filmé pendant un an cinq élèves et leurs familles qui ont souhaité vivre cette expérience. Toutes les étapes nous sont alors montrées, de la première leçon de musique au spectacle final salle Pleyel à Paris, en passant par la découverte de l’instrument, les répétitions, les progrès et les désillusions (que ce soit des élèves ou des professeurs). Mais au fond, on peut se poser la question suivante : pourquoi un tel projet ? L’idée de démocratiser la culture semble une priorité aujourd’hui pour nombre d’institutions, mais cette idée peine à aboutir, elle est encore trop abstraite dans les faits ; trop de jeunes sortent de leur scolarité sans avoir mis les pieds dans un musée, sans avoir été au théâtre, sans avoir essayé la pratique d’un instrument, tout simplement parce qu’ils n’en ont pas l’occasion dans leur famille et même à l’école. Ce projet d’entendre résonner dans les cités de banlieues Tchaïkovski, Beethoven et Bach semble être une solution pour le moins décalée, mais radicale pour justifier une volonté de démocratisation de la culture en France.

Néanmoins, si ces projets se développent un petit peu partout en France depuis cinq ans maintenant, cela ne concerne qu’une minorité trop insuffisante de jeunes, notamment parce qu’il ne s’agit pas d’un plan à l’échelle nationale, mais de projets ponctuels portés par des associations et des partenariats soucieux de l’avenir de la France de demain. A ce niveau, la politique française est en retard d’au moins une génération comparée à certains pays.  On peut citer notamment El Sistema au Venezuela, une fondation créée en 1975 par José Antonio Abreu, qui accueillait dans son garage une douzaine d’élèves issus des milieux défavorisés pour apprendre à jouer d’un instrument. Trente cinq ans plus tard, cette même fondation compte près de 250 000 élèves âgés de 2 à 16 ans. Elle est réputée dans le monde entier pour son niveau d’excellence et ses méthodes.  Aujourd’hui, d’anciens élèves de cette fondation  sont professeurs de musique et enseignent à leur tour, dont l’un d’entre eux, Gustavo Dudamel, qui dirige dorénavant El Sistema, ainsi que l’Orchestre philarmonique de Los Angeles. Pour plus d’informations sur cette association, vous pouvez consulter leur site internet, ou encore visionner un reportage diffusé sur une chaîne de France Télévisions et disponible sur youtube.

A partir de cette fondation, de nombreuses autres ont vu le jour à l’échelle internationale, c’est le cas par exemple de la fondation Big Noise en Ecosse. Il s’agit d’un partenaire officiel d’ El Sistema, situé à Raploch, quartier de la ville de Stirling, à une soixantaine de kilomètres d’ Edimbourg. Depuis sa création en 2008, cet orchestre regroupe une centaine de membres âgés de 5 à 18 ans. En Argentine, la fondation SOIJAR (Sistema de Orquestas Infantiles y Juveniles de Argentina) permet à des jeunes de familles défavorisées d’accéder gratuitement et librement à l’enseignement d’une pratique musicale. La spécificité de cette association réside dans le fait qu’elle s’adresse à une large population, puisque peuvent s’y inscrire des enfants dès l’âge de 3 ans, et ce jusqu’à 25 ans.

Aux vues de ces exemples, y a-t-il un équivalent en France ? Depuis Janvier 2010, l’Orchestre des jeunes DEMOS (Dispositif d’Education Musicale et orchestrale à vocation Sociale) tente une expérimentation analogue, et a regroupé près de 450 enfants âgés entre 7 et 12 ans souhaitant apprendre à jouer d’un instrument mais n’ayant eu aucune pratique musicale antérieure. Il s’adresse spécifiquement à des enfants issus des quartiers populaires de banlieues parisiennes. L’envergure de ce projet est telle que de nombreuses personnes sont mobilisées au quotidien afin de permettre aux enfants un apprentissage optimal de la musique d’orchestre, que ce soit les professeurs de musique, les musiciens intervenants, les éducateurs, les animateurs sociaux, les associations, les établissements partenaires ou les structures culturelles.

Cependant, un point crucial diffère des autres pays que nous avons pu citer précédemment: le caractère politique d’un tel projet. En France, l’initiative est très largement soutenue par le Secrétariat d’Etat chargé de la Politique de la Ville et la Cité de la musique (établissement public placé sous la tutelle du ministère de la culture et de la communication). Ce volet politique ne se retrouve pas dans les autres initiatives internationales de la sorte, comme El Sistema; pour ce dernier, il s’agit d’une initiative personnelle qui ne répond à aucune requête précise du gouvernement. Tandis que pour le cas français, les associations tentent de répondre à des attentes gouvernementales, au risque de perdre en spontanéité, fraîcheur et dynamisme. Enfin, l’orchestre DEMOS est une initiative à court terme puisqu’elle s’achèvera en Juillet 2012, et après ?

Que vont faire ces enfants qui auront appris à jouer d’un instrument pendant deux ans, et dont les parents ne peuvent leur permettre financièrement de poursuivre au Conservatoire ? Une sensibilisation à la musique classique, certes, mais est-elle suffisante pour tous et n’importe où ? Les jeunes de province sont également en mal de projets comme celui-là.

En attendant, si vous souhaitez assister au spectacle de l’orchestre DEMOS, vous pouvez aller les applaudir les 29 et 30 Juin 2012 Salle Pleyel, 252 rue du faubourg Saint-Honoré, Paris 8° arrondissement.

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