Banksy, La petite fille et le soldat.

On entend parfois dire que l’art ne sert à rien, que c’est gratuit… mais est-ce vrai ? C’est en se posant la question qu’on peut espérer trouver une réponse. Une tentative de réponse a été insufflée par un graffiti réalisé par un street artist, il n’est, toutefois pas inutile de préciser que ce fameux graffiti n’est pas LA réponse à la question sur l’utilité de l’art mais bien un élément permettant une réflexion critique sur cette grande question d’ordre artistique.

Pour y voir plus clair…

Le Street Art, kézaco?

Né dans les années 1970, le mouvement  Street Art, comme son nom l’indique,  s’inscrit,  se pratique et se montre dans la rue. Les murs de la ville, les panneaux, représentent comme une gigantesque toile permettant aux street artistes (souvent au mépris de la loi) de s’exprimer sans retenue de manière artistique.  Tout d’abord associé à la culture Punk  (adepte des dessins à l’aérosol). Appelé aussi art urbain, ce mouvement s’est ensuite ouvert à d’autres techniques, telles que celles du pochoir, de la mosaïque ou encore de l’autocollant.

Le Street Art, pourquoi?

Parce qu’il propose une autre approche de l’art, une autre vision de notre quotidien, une réflexion sur notre environnement.

Graffiti antimilitariste de Banksy réalisé sur le mur de Béthléém.

Banksy est, selon les informations officielles, un street artiste originaire de Londres. Uniquement connu sous son pseudo, il serait né en 1974. Très influencé par l’artiste Blek le Rat,  et le plasticien Ernest Pignon-Ernest, il s’inscrit dans une veine underground.

La petite fille et le soldat est un graffiti fait à l’aide de pochoirs. Cette œuvre présentant une petite fille fouillant un soldat fait écho au contexte politique ambiant.

Les personnages sont stéréotypés cela tend à faire penser qu’ils représentent une entité et non pas juste une personne. Dans ce cas de figure, le soldat symboliserait l’oppression militaire et la petite fille, les civils oppressés.  En désarmant le soldat, en plaçant l’arme derrière  la petite fille, Banksy semble manifester le droit à l’enfance, à l’innocence. Le fait qu’elle soit vêtue d’une robe rose est caricatural, par ce geste, Banksy indique probablement que ce n’est pas qu’une petite fille, mais que tous les enfants sont concernés par ce droit à l’innocence. Par ailleurs, le soldat aussi porte les attributs caricaturaux (treillis, armes) et comme pour la petite fille, on ne voit pas leurs visages.

Cette peinture renvoie au contexte politique où les fouilles effectuées par les forces armées sur les civils sont quotidiennes et systématiques. Traduisant le ras le bol de ces passants qui doivent se plier aux fouilles, cette image s’inscrit bien dans la réalité des faits. A cette lumière, on peut aisément songer que cette scène fait écho à la frustration des civils à ne pouvoir rendre la pareille à ceux qui les fouillent, elle révèle un fantasme, en cela, ce serait satirique car c’est une toute petite fille qui fouille le grand soldat. Et si l’on se risque à aller plus loin, on peut même se dire qu’en mettant l’arme derrière elle, la petite fille éloigne le premier argument du militaire : son arme. Démuni, le militaire surpris se laisserait faire. Banksy se sert donc du symbolique, de ce qu’il a probablement vu et de ce qu’il l’a probablement interpellé pour « résumer » la situation avec de deux seuls et uniques personnages.

Cependant, un malaise peut naitre de cet inversement des rapports de forces. La petite fille prend le pouvoir, et ce n’est peut-être pas salutaire pour elle. N’aurait-elle pas déjà perdu son innocence pour être amenée à désarmer elle-même un soldat ? Consciente de la violence, est-ce vraiment à elle de réagir ? Que font les adultes ? Où sont-ils ? Ces questions sont posées aux passants. Par ailleurs, le soldat se laisse faire alors qu’il pourrait très bien ne pas l’accepter. Il se laisse toucher, ce rapport de corps induit une intrusion assez violente, elle le palpe. La mitraillette placée au dos de la scène, est debout et semble déchargée comme vidée de son potentiel de violence.

Cet inversement des rapports de forces rappelle la photo prise lors de la répression du Printemps de Pékin en 1989 où un étudiant fait arrêter un char en se mettant devant.

L’étudiant face au char, 1989, Tian’anmen

Tout comme pour le graffiti de la petite fille et le soldat, l’étudiant montre combien le pouvoir « physique » du soldat peut se retrouver mis à mal confronté au pouvoir  « spirituel » de son adversaire. Tous les deux ne combattent pas sur le même plan et il est manifeste, dans l’œuvre de Banksy que c’est la petite fille qui domine.

C’est en cela qu’il est  intéressant de voir la manière dont se sert Banksy  de son art pour diffuser son message.

Le graffiti a été réalisé à Bethléem, à proximité du mur séparant l’Etat d’Israël de la Palestine. Ce lieu est porteur de sens, effectivement, un mur de la séparation y a été construit depuis 2002. Ce mur symbolise les tensions et la virulence du conflit.  De plus, le fait que l’image de Banksy soit peinte sur un mur, dans la rue,  à la vue de tous,  rend particulièrement accessible son œuvre. Les passants deviennent des spectateurs volontaires ou involontaires, aucun critère n’est requis pour y avoir accès. Chacun peut faire le choix de s’y intéresser ou non. Banksy, en inversant les rapports de force entre les deux protagonistes, interpelle le spectateur, fait probablement susciter des questionnements.  L’œuvre fait réfléchir, permet de ne pas oublier l’étrange situation qu’elle commente. Dans la petite fille et le soldat, l’interaction entre le lieu, l’œuvre et le support renforce le message de l’artiste.

Banksy met l’art au service de ses idées. Aussi, en s’intéressant au conflit palestino-israélien, Banksy met sa notoriété au service de la cause qu’il défend.  Dans cet élan, Banksy fonde le projet « Santa’s Ghetto » en 2005. D’autres artistes du même courant que Banksy ont donc été invités à se joindre à lui pour illustrer le mur de peintures pacifiques et antimilitaristes.  Ses buts affichés sont de redonner un peu d’espoir au peuple Palestinien ainsi qu’un bref sentiment d’évasion.

L’art est utilisé comme outil d’expression, par ailleurs, certaines œuvres faites par les street artistes ont été censurées car jugées trop subversives.

Banksy avec la petite fille et le soldat, donne à voir toute la complexité lié à l’interprétation d’une œuvre.  Il s’inspire d’un sujet d’actualité particulièrement épineux, pour exercer son art et cela amène à se demander, si, comme Ionesco a pu le dire que : « L’œuvre d’art n’est pas le reflet, l’image du monde ; mais elle est à l’image du monde ». 

Sources :

  • Site Banksy

http://www.banksy-art.com/banksy.html

  • Article sur Arte sur Banksy.

http://www.arte.tv/fr/Bansky-a-Bethleem/2151166,CmC=1887382.html

  • Article de Blog Xulux sur Banksy.

http://www.xulux.fr/pensee/banksy-le-pochoiriste-bristol-ou-la-fecondite-de-lurbanite-perdue

  • Article du Graffiti. Com sur l’art urbain.

http://www.le-graffiti.com/dossiers/street-art.html

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